“Wege zu Kraft und Schönheit”

film muet allemand de 1925, réalisé par Nicolas Kaufmann et Wilhelm Prager.

 

 

wege-zu-kraft-und-schoenheit« Wege zu Kraft und Schönheit » témoigne de l’effervescence intellectuelle, sociale et artistique qui caractérise la République de Weimar, et particulièrement de l’apogée d’un mouvement qui s’ébaucha en Allemagne à la fin du 19ème siècle pour prendre son essor dans les années 1910 : une véritable révolution culturelle autour du corps qui concerna aussi bien l’art, grâce notamment à l’explosion de la danse moderne (Laban, Joos, Wigman… ), que la vie quotidienne, avec la multiplication des méthodes de gymnastique d’entretien (création de la Fédération allemande de Gymnastique précisément en 1925), la popularisation du naturisme, et le développement des mouvements de jeunesse de toutes obédiences proposant des activités physiques de plein air (Wandervögel et autres).

Le gouvernement de l’époque s’efforce de remettre sur pied une population, stressée, fatiguée et mal en point, qui paye le prix de l’industrialisation et de l’urbanisation, et d’inciter les allemands à prendre soin de leur corps et de leur santé, grâce à la pratique d’activités physiques, quelles qu’elles soient. « Wege zu Kraft und Schönheit » rend compte de cette politique et en fait énergiquement la propagande. Il est produit par le Kulturfilm Studio, qui, au sein des fameux studios de la UFA, est spécialisé dans la production de films éducatifs et médicaux.

ecole-hedwig-hagemann-copieSorti la même année que « La rue sans joie » de Pabst, ce long métrage documentaire connaît un succès public phénoménal qui ne saurait seulement s’expliquer par les nombreux corps nus que l’on peut y contempler, comme on le prétend souvent un peu rapidement. Foisonnant, filmé avec soin, monté dans un style alerte et inventif, émaillé de quelques dessins animés et de nombreux intertitres explicatifs, associant reportages, reconstitutions supposées historiques, saynètes jouées, images d’actualité mondaine, démonstrations mises en scène, extraits de spectacles, apparitions d’artistes d’avant-garde et de champions sportifs populaires, « Wege zu Kraft und Schönheit » séduit les spectateurs de l’époque et les convainc de s’inscrire dans les salles de sport et les cours de gymnastique[i].

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la kinésithérapie, de l’éducation physique, de l’éducation somatique, et de la danse moderne, ce film est une référence. On y donne notamment à voir la gymnastique hygiéniste de l’époque (à 9’34’’), la méthode Klapp (12’13’’), la gymnastique suédoise (15’36’’), la gymnastique rythmique de Jaques-Dalcroze (19’23), le travail de Rudolf Bode (21’), et celui de Rudolf Laban (24’15’’ et 36’31’’). La dernière partie du film, à partir de la 48ème minute est consacrée au sport.

 

Pour ce qui concerne précisément la lignée à laquelle se rattache la gymnastique holistique, on peut découvrir des démonstrations de la méthode de Bess Mensendieck[ii] (27’31’’) et d’une de ses élèves, Hedwig Haggeman (28’32’’), ainsi que de l’école Loheland[iii] (24’57’’).

On découvre déjà dans ces prémices de l’éducation somatique, un travail sur l’équilibre, la fluidité et la lenteur qui tranche avec les autres méthodes de gymnastique présentées, basées sur le développement de la force.

 


[i] La pédagogue Carola Speads, qui participa à l’élaboration du film pour le passage concernant la Hoheland Schule où elle enseignait alors, raconte combien le succès du film eut un impact sur la promotion de méthodes de gymnastique jusque là confidentielles. ( Voir Interview de Carola Speads réalisée en 1981 : cliquez ICI)
[ii] Bess Mensendieck (1864- v.1957) fut l’élève de Geneviève Stebbins.
[iii] L’école Loheland fut créée par Louise Langgard (1883-1974), élève de Mensendieck, associée à Hedwig Von Rhoden (1890-1987), élève de Hade Kallmeyer, elle-même élève de Geneviève Stebbins, et formatrice d’Elsa Gindler, professeur de Lily Ehrenfried.