Lily Ehrenfried

Lily Ehrenfried Lily Ehrenfried Lily Ehrenfried Lily Ehrenfried Lily Ehrenfried 

Au début des années 30, le Dr Lily Ehrenfried, médecin d’origine allemande, introduit en France le travail corporel avant-gardiste d’Elsa Gindler, son professeur berlinois, le faisant peu à peu évoluer vers ce que ses élèves et les élèves de ses élèves nommeront “gymnastique holistique”.

1896

Lily Ehrenfried, fille de Anna et Leo Ehrenfried, naît le 20 août à Breslau, en Allemagne.

Sa mère, qui a passé son enfance en Russie, affiche une forte personnalité : cultivée, féministe, passionnée par les arts. Son père, bien que d’origine modeste, est devenu médecin généraliste puis ophtalmologiste. Dans les premières années de sa vie, Lily tombe gravement malade après avoir ingéré de la mort au rat. De santé trop fragile, elle ne va pas à l’école avant l’âge de 8 ans. Jusqu’en 1904, elle est éduquée par des préceptrices à domicile. Elle apprend le français dès cette époque. Elle développe un goût immodéré pour la lecture. On ne lui impose aucune instruction religieuse. Elle étudie le piano avec une femme à la pédagogie délicate, qui a été formée par Clara Schlaffhorst et Hedwig Andersen, et qui lui fait prendre conscience de la relation entre sa respiration et son état intérieur.

1909

Lily entre à l’école Berthold Otto, école avant-gardiste, où les enfants reçoivent un enseignement en accord non avec leur âge mais avec le degré de leurs connaissances initiales et où ils peuvent choisir les matières qu’ils souhaitent étudier. Elle intègre les Wandervögel, mouvement de jeunes lancé par des lycéens dans les années 1895, qui organise balades et randonnées. Elle se sent devenir plus robuste grâce à la marche à pied, la pratique du chant et le grand air. Mais peu à peu les Wandervögel se politisent et, en 1912, Lily en est exclue, parce que juive.

1913

Considérant que la posture de sa fille est mauvaise, le père de Lily lui fait suivre des cours de gymnastique orthopédique pendant toute son adolescence : gymnastique suédoise, allemande, massages, appareils Zander qui ne donnent aucun résultat et l’ennuient profondément. Un professeur de l’école de gymnastique Mensendieck parvient toutefois à capter son attention et Lily commence alors à s’intéresser sincèrement au travail corporel et à expérimenter une à une les diverses méthodes qui font florès à l’époque : Dalcroze, Loheland, Bode, Medau, Laban etc… C’est l’approche et la personnalité d’Elsa Gindler qui remportent son adhésion : elle commence à suivre son enseignement en 1913, d’abord en cours particuliers puis en cours collectifs.

1914

Son fiancé part en Afrique pour 4 ans. Il compte ensuite se faire attribuer une plantation. Lily a donc pour projet de passer son bac tout en se préparant à sa future vie d’épouse de « farmer » : apprendre à jardiner, à donner les soins élémentaires, à coudre, à cuisiner, à tenir une maison… La guerre éclate en août. Avec l’accord du directeur de son lycée, Lily ne va plus en cours pendant quelques mois pour travailler comme infirmière bénévole pour la Croix Rouge.

1917

Lily passe son baccalauréat et persuade Elsa Gindler de mettre en place une formation professionnelle à laquelle elle s’inscrit dès la première promotion. Parallèlement, elle suit des cours d’anatomie à la fac de médecine.

1918

Lily obtient son diplôme de professeur de gymnastique auprès d’Elsa Gindler.

1919

Elle travaille l’été dans une exploitation horticole, où elle constate combien sa formation gymnique et la conscience du corps et de son usage qu’elle a développée, lui sont précieuses pour faire face à un travail physique harassant. A Noël, son fiancé rentre en Allemagne après presque 6 ans d’absence, dont une partie passée en captivité.

1920

Lily se marie et le couple s’installe à Fribourg, les rêves d’Afrique ayant été laminés par la guerre. Très vite, cette union s’avère être une erreur. Lily se retrouve seule et sans ressource à Fribourg.

1921

Pour ne pas sombrer dans le désespoir, Lily s’engage dans un projet qui, écrira-t-elle plus tard, « accapare ses forces jusqu’à l’extrême » : elle entreprend des études de médecine à Fribourg, Berlin et Göttingen. Parallèlement, elle travaille comme professeur de gymnastique et suit les cours de la Faculté des Exercices Physiques de Berlin. Elle étudie notamment auprès du Professeur Klapp et obtient un diplôme de professeur en gymnastique orthopédique.

1926

Elle soutient sa thèse de médecine à Fribourg : « Observation des effets des exercices physiques systématiques sur les enfants en bas âge ».

1926-1927

Elle travaille à l’hôpital Moabit de Berlin, en médecine interne. Puis elle se spécialise en pédiatrie, orthopédie, médecine du sport et gymnastique médicale. Confrontée au problème de la régulation des naissances, à la Clinique Universitaire pour Femmes, elle s’indigne que le corps médical de l’époque ne se sente pas concerné par cette question. Elle retrouve Elsa Gindler pour un stage d’un mois en été sur l’île de Sylt.

1928

Elle s’installe comme médecin généraliste à Berlin. Parallèlement, elle accomplit diverses missions pour l’hôpital public, supervise un centre de gymnastique orthopédique et exerce comme professeur de gymnastique thérapeutique. Elle s’occupe particulièrement d’enfants en bas âge et d’enfants handicapés. Elle entreprend une psychanalyse, exploration qui aura une grande influence sur sa façon d’envisager aussi bien la médecine que l’éducation physique.

1929

Engagée par l’Administration de la Circonscription de Prenzlauer Berg, où le chômage et la misère règnent, elle exerce comme médecin dans un dispensaire et assure la surveillance médicale des jardins d’enfants et des crèches. Elle obtient l’autorisation d’ouvrir et de diriger une consultation portant sur la vie de couple et la sexualité. On y informe sur les moyens de contraception, et l’on en distribue gratuitement.

1931

Subissant les attaques, provocations, et calomnies des militants nazis qui l’accusent de nuire à la nation en empêchant la naissance d’enfants allemands, Lily Ehrenfried s’implique de plus en plus politiquement. Elle adhère à l’association des médecins socialistes et se présente lors des élections de la Chambre des médecins sur une liste syndicale liée au mouvement ouvrier. Elle prend la parole lors du rassemblement des médecins socialistes et lors de la conférence internationale des médecins socialistes, pour aborder le problème de la régulation des naissances et raconter son expérience sur le terrain.

1932

Elle effectue un voyage d’étude en Russie. Elle est très admirative des choix faits par les soviétiques en matière de santé publique. A son retour, elle rapporte ce qu’elle a vu lors de conférences pour des organisations de travailleurs.

1933

Hitler devenu chancelier, Lily est licenciée par l’administration du Prenzlauer Berg. Prévenue de l’imminence de son arrestation, elle échappe de justesse aux SA, quitte l’Allemagne et gagne la Suisse puis la France.

Elle s’installe à Paris, où elle commence à enseigner la gymnastique dans une chambre d’hôtel puis dans son appartement.

1934

Suite à une conférence qu’elle donne à l’American Women Club, elle rencontre l’anglaise Miss Alick-Maud Pledge, danseuse et pédagogue du mouvement, très en vogue à Paris. Grâce aux exercices que lui fait découvrir Lily, Miss Pledge se débarrasse de ses insomnies. Elle lui envoie alors de nombreux élèves et permet à Lily de développer suffisamment ses cours pour en vivre.

1937

Boris Dolto, pionnier de la kinésithérapie moderne, directeur de l’École Française d’Orthopédie et de Masso-kinésithérapie, lui établit un certificat lui permettant d’exercer la kinésithérapie et lui envoie des patients.

1939

La guerre est déclarée. Lily est engagée par l’Union des Femmes-Médecins en tant que professeur de gymnastique orthopédique dans un préventorium pour enfants à Arès, près d’Arcachon. Ses parents fuient l’Allemagne et s’installent à Nice.

1940-1942

L’Occupation. Lily est internée au camp de Gurs en mai. Elle y assiste le médecin et supervise une infirmerie pour les femmes. Elle est libérée un mois plus tard. Elle se réfugie dans un village du pays basque ; elle y travaille dans des fermes. Puis elle rejoint ses parents, à Nice, où elle ouvre quelques cours de gymnastique. Elle prend des cours de chant ; elle s’émerveillera toujours des bienfaits physiques et psychologiques que le travail vocal et musical procure. A la recherche « d’une voie simple pour trouver la paix intérieure », Lily s’intéresse de plus en plus à l’hindouisme et au bouddhisme. Malgré les complications d’un tel voyage, elle se rend à Foix pour rencontrer un Swami (guide spirituel hindou), Siddheswarananda, et lui demander conseil sur le tour à donner à sa vie, car elle vit très mal le fait de ne pas pouvoir exercer la médecine en France, son diplôme allemand n’étant pas reconnu.

1943

Elle s’installe à Antibes où elle a trouvé un emploi à temps plein de dame de compagnie.

1944

Elle retourne passer une semaine chez Swami Siddheswarananda. De retour à Nice, elle apprend que la Gestapo veut l’arrêter. Elle se cache en Dordogne. Son père meurt en juillet.

1945

Les américains sont à Nice. Ils embauchent Lily pour superviser un centre de réadaptation pour leurs soldats : il s’agit d’épauler les soldats dans leur vie quotidienne afin de leur permettre de se réhabituer à la vie civile. Octobre. Lily rentre à Paris. Toujours soutenue par Swami Siddheswarananda, dont elle suit les enseignements philosophiques lors de groupes hebdomadaires comme lors de séances individuelles, elle relance ses cours de gymnastique ; les anciennes élèves répondent présentes. Elle se plonge dans les livres et l’étude : biologie, homéopathie, acupuncture. Elle s’intéresse à la graphologie et à l’interprétation des rêves ; elle renoue avec la psychanalyse. Elle intègre un Chœur de musique religieuse, et entretient une relation très forte avec le chant et la musique qui lui donnent une sensation d’apaisement et de purification.

1948

Elle obtient la nationalité française. Elle se fait connaître comme professeur de gymnastique en intervenant au Centre Américain du boulevard Raspail. Elle développe son activité d’abord auprès d’exilés allemands, américains, et russes, puis auprès du public français. Elle travaille beaucoup, multipliant les interventions dès que l’opportunité lui en est offerte. Elle enseigne l’anatomie dans l’école de Boris Dolto. Elle participe avec enthousiasme au mouvement pour « l’éducation nouvelle » initié par les CEMEA (Centres D’Entraînement aux Méthodes d’Education Active) ; elle a comme élèves de futures jardinières d’enfants, des instituteurs, des éducateurs spécialisés.

1956

Désireuse de voir se perpétuer son travail en matière d’éducation corporelle, elle décide d’écrire un livre pour en exposer les principes.

« De l’éducation du corps à l’équilibre de l’esprit » sort en France aux éditions Montaigne l’année de ses 60 ans.

Elle s’intéresse à la philosophie Zen, au travers des ouvrages de D.T.Suzuki ; elle y puise une réflexion sur l’état de disponibilité et de réceptivité à atteindre lors des cours pour être capable de répondre adéquatement aux besoins de chaque élève.

1961

Décès de sa mère, dont elle a pris soin toute sa vie. Lily peut entreprendre les grands voyages dont elle a toujours rêvé : Israël, Canada, Japon, pays nordiques.

Années 70

Elle se réjouit de compter parmi ses élèves de nombreux jeunes kinésithérapeutes intéressés par son approche. Elle propose des cours pour professionnels afin de leur transmettre son expérience.

1980

L’une de ses élèves, Marie-Josèphe Guichard, met en place avec son soutien une formation certifiée. D’autres, comme Suze Lalou, Denise Perrod,  Josette Calmeil, diffusent également son enseignement, de manière plus informelle, auprès de professionnels de la santé et du sport, tout en continuant à donner des cours tout public.

1986

A l’âge de 90 ans, Lily cesse son activité professionnelle.

1994

Lily Ehrenfried s’éteint à l’âge de 98 ans.